ÉDITO: La rentrée de la diversion

On savait déjà que les représentants médiatiques et gouvernementaux du bloc conservateur tenteraient de faire diversion des difficultés que rencontrent les français pendant cette rentrée, mais leur capacité à toujours inventer des sujets pour stigmatiser des franges de la société pousse la stupéfaction, si ce n'est du respect devant cette imagination débordante. Du respect, on pourrait en avoir si leurs inventions allaient avec leurs convictions - c'est-à-dire dans le cas actuel la laïcité qu'ils invoquent - mais c'est dans ces moments que l'on se rend compte que ce qui les intéresse ce n'est pas la laïcité mais bien la diversion et l'occasion, au passage, d'exacerber la haine déjà existante dans ce pays.
Passons sur le sujet de l'abaya: nous sommes pour la laïcité, c'est-à-dire la liberté de conscience. Nous ne sommes pas pour introduire des signes religieux ostentatoires au lycée. Cependant et au cas présent, l'Abaya présente les marques d'un signe culturel et non religieux. Il n'a pas à être interdit et ce n'est ni à Gabriel Attal ni aux TikTokeurs prosélytes de décider de ce qui est religieux ou non. Un recours au conseil d'état est en cours, nous verrons bien.
Rentrer dans ce débat (robe plus ou moins longue, plus ou moins ample, plus ou moins ceci ou cela) c'est déjà entrer dans leur piège qui consiste à s'éloigner des vrais problèmes. 2000 enfants dorment dans la rue, 18% des français vivent sous le seuil de pauvreté, les droits des chômeurs ont encore été amoindris par le gouvernement et les conditions de leurs enfants avec. Sur l'éducation, c'est un nouveau coup de râteau qui se prépare.
Les bourses lycéennes ne seront pas ajustées au niveau de l'inflation. Les fournitures ont coûté bien trop cher cette année. La réforme de la voie professionnelle poussera les lycéens dans la précarité. La cantine est plus chère aussi. Les plafonds s'effondrent. Les murs peinent à limiter la chaleur ou le froid. Il n'y aura pas un professeur devant chaque classe, malgré les incantations de notre bon Ministre. A l'issue du lycée, il faudra survivre à la broyeuse Parcoursup. Pour ceux qui n'auront pas survécu à ce qui s'apparente plus à une épreuve de Koh-Lanta qu'à une éducation égalitaire, ce sera un travail pénible et mal payé, en intérim peut-être. Heureusement pour le pouvoir d'achat, Bruno Le Maire a demandé aux entreprises d'augmenter les salaires, à la grande distribution de baisser les prix, aux jeunes de ne pas faire de dépression et à la météo d'éteindre les feux de forêt. On est rassurés.
Voilà les vrais problèmes, ils ne sont pas à trouver sur le corps des femmes, ils sont dans les politiques néolibérales qui détruisent depuis des années nos services publics et provoquent la pauvreté partout dans le pays. Malheureusement pour eux, les gens s'en rendent compte, et la diversion marche alors beaucoup moins bien.

